Edito – Un gouvernement en demi-teinte face à la crise de l’immobilier
L’immobilier en crise attend des signaux clairs, mais le nouveau gouvernement de François Bayrou semble jouer sur plusieurs tableaux. Entre une nomination qui rassure et une rétrogradation qui inquiète, les professionnels restent sur leur faim.
Le secteur immobilier, en pleine crise, se retrouve une fois de plus face à un gouvernement qui oscille entre promesses et interrogations. Avec une offre insuffisante, des prix sous tension et des chantiers à l’arrêt, la composition du nouvel exécutif devait apporter des réponses. Pourtant, les annonces de François Bayrou peinent à lever les doutes.
D’un côté, l’arrivée d’Eric Lombard à la tête d’un Bercy élargi inspire un certain optimisme. Ancien dirigeant de la Caisse des dépôts, acteur clé du financement du logement social, Lombard connaît bien les défis du secteur. Son expérience bancaire et son engagement affiché pour la construction et la rénovation laissent espérer un dialogue constructif. Mais le spectre des arbitrages budgétaires plane déjà sur ses marges de manœuvre.
De l’autre, la rétrogradation de Valérie Létard au rang de ministre déléguée au Logement interpelle. Reléguée au 30e rang protocolaire et désormais rattachée à François Rebsamen, ministre de l’Aménagement du territoire, elle voit son influence diluée. Une première depuis sept ans, à contre-courant des attentes du secteur. Pourtant, ses premières propositions, comme l’élargissement temporaire du prêt à taux zéro ou l’exonération des droits de succession pour les logements neufs, avaient été saluées. Aujourd’hui, les professionnels s’interrogent : pourra-t-elle encore faire avancer ces mesures suspendues après la censure du précédent gouvernement ?
Un horizon incertain
François Rebsamen a déjà fait ses preuves avec un rapport sur la relance durable de la construction en 2021. Mais sans accès direct à Matignon, Valérie Létard risque de manquer de poids face à Bercy, surtout dans un contexte de finances publiques sous tension. Eric Lombard, quant à lui, devra proposer un budget d’ici la mi-février. Dans ce laps de temps restreint, reprendra-t-il les mesures en faveur du logement portées par l’équipe précédente ? Rien n’est moins sûr.
Si ces mesures venaient à disparaître, l’impact serait lourd : la Fédération française du bâtiment anticipe 100 000 suppressions d’emplois dans le secteur en 2025, après 30 000 déjà perdues cette année. À ce stade, le gouvernement Bayrou joue gros. Ses premiers arbitrages donneront le ton pour un secteur qui n’a jamais eu autant besoin de certitudes.
Pour l’heure, cela me laisse un goût mi-figue, mi-raisin.
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Passoires énergétiques, un bouleversement imminent pour l’immobilier
À partir du 1er janvier 2025, les logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE) seront interdits à la location, sauf exceptions (petites surfaces et copropriétés avec dérogations). Environ 600 000 logements sont concernés, dont 200 000 occupés par des locataires. Cette interdiction pourrait entraîner la sortie de 18 000 logements par mois du marché locatif, selon la Fnaim.
Les propriétaires bailleurs se retrouvent à un carrefour : sans travaux, impossible de signer de nouveaux baux, et les locataires actuels pourront contester leur loyer. Par ailleurs, les ventes de passoires énergétiques stagnent malgré une décote moyenne de 16 % par rapport aux biens mieux classés. En 2023, les logements F et G ont représenté 17 % des transactions, mais ces biens restent difficiles à vendre, même avec la baisse des taux d’emprunt.
Qui achète ces biens ?
Les jeunes primo-accédants et les investisseurs voient dans ces logements une opportunité, malgré les coûts et délais des travaux. Les vendeurs sont majoritairement des personnes de plus de 60 ans, tandis que les acheteurs sont souvent plus jeunes. Cependant, le marché reste prudent, freiné par des taux d’intérêt élevés et un cadre économique incertain.
Enjeux pour 2025 et au-delà
Avec l’élargissement attendu du prêt à taux zéro et les aides comme MaPrimeRénov’, ces logements pourraient gagner en attractivité. Cependant, le secteur anticipe une pression accrue sur les prix et les délais de vente à l’approche des prochaines réglementations pour les logements F en 2028 et E en 2034.
En somme, le marché des passoires énergétiques est à la croisée des chemins, entre opportunités d’investissement et incertitudes réglementaires, dans un contexte immobilier déjà fragilisé.
🔗 A lire : L’article de Ouest France
Le monopole bancaire : entre protection, contestations et nécessité de réforme.
Le monopole bancaire en France assure la stabilité économique en réservant certaines activités aux établissements agréés, mais suscitant des critiques concernant la concurrence, l’innovation et l’inclusion financière. Des réformes sont nécessaires pour équilibrer sécurité et ouverture, répondant ainsi aux défis posés par les nouvelles technologies et les attentes sociétales.
🔗 A lire : Le point de vue de Dorian-Jacob Le Bay, Juriste
